Voir et ne pas voir

Au moment où je préparais la publication de mon nouveau volume : La vision pastorale selon Néhémie, un couple d’amis me faisait découvrir le film Premier Regard (1999). Une architecte surmenée, Amy, décide de prendre des vacances dans une station thermale. Là, elle tombe amoureuse de Virgil, un aveugle depuis l’âge de trois ans. Au fur et à mesure que se tisse cette relation, Amy découvre que Virgil pourrait retrouver la vue s’il tentait une opération. L’intervention est un succès. Mais Virgil, étant habitué à son handicap, est alors complètement déstabilisé lorsqu’il retrouve la vue.

Ce film est basé sur un fait vécu, relaté et analysé par le professeur de neurologie de New York, Oliver Sacks, dans le chapitre « Voir et ne pas voir » de son volume Un anthropologue sur Mars. Sept histoires paradoxales (aux pages 165 à 222). La longue analyse du professeur Sacks démontre qu’il ne suffit pas de guérir de l’aveuglement pour retrouver la vue. Le cerveau de Virgil avait perdu très tôt la capacité d’analyser les perceptions visuelles. Il pouvait désormais percevoir (puisque tout l’équipement biologique de la vue était rétabli), mais il ne pouvait pas voir, puisqu’il était incapable d’évaluer et d’interpréter les perceptions pour agir correctement. Étant habitué à interpréter les perceptions grâce au toucher et par l’ouïe, ce n’est que par ce biais qu’il pouvait finalement faire les distinctions nécessaires.

La vision pastorale

« Voir et ne pas voir » est aussi une réalité qui touche à la vie pastorale de notre Église. C’est en 2000 que j’ai découvert la pédagogie de la vision telle qu’elle nous est révélée dans le livre de Néhémie. Depuis, je n’ai cessé de donner des formations, d’écrire ici et là des articles et surtout d’accompagner des groupes, mouvements, communautés, paroisses à entrer dans cette dynamique passionnante de la vision pastorale. Et voilà qu’après un certain nombre d’années, poussé par un évêque français, je décide de plonger dans la rédaction d’un ouvrage en théologie pastorale intitulé : La vision pastorale selon Néhémie (Éditions Saint-Joseph).

Notre Église a besoin de vision, pas seulement de perception

Si nous revenons à l’histoire d’Amy et de Virgil qui se présente à nous comme une parabole vivante, nous comprenons qu’il ne suffit pas de percevoir des réalités, il faut aussi être capable de les interpréter et de les comprendre pour agir correctement. Si cela est vrai du point de vue biologique et physiologique, comment peut-il en être autrement du point de vue de la vie ecclésiale ?

Vous trouverez sans doute quelques réponses à cette question dans l’ouvrage que je suis heureux d’offrir à l’Église pour qu’elle se déploie dans le renouveau missionnaire tant encouragé par le pape François. La pédagogie de la vision est d’une grande fécondité puisqu’elle s’appuie sur la riche expérience de la Bible et le développement toujours actuel de la grâce de Dieu.